Intelligence artificielle sur smartphone : vraie utilité ou argument marketing ?

Intelligence artificielle sur smartphone : vraie utilité ou argument marketing ?

Depuis deux ans, difficile d'échapper à l'argument marketing numéro un des fabricants de smartphones : l'intelligence artificielle embarquée. Galaxy AI chez Samsung, Google AI (anciennement Bard puis Gemini) sur les Pixel, fonctions génératives sur les derniers HONOR et Xiaomi : chaque fabricant revendique désormais son propre écosystème d'IA « sur l'appareil ». Mais derrière la communication, que reste-t-il vraiment une fois le téléphone en main, au quotidien, après les premières semaines de découverte ? Ce dossier fait la part des choses entre les fonctionnalités réellement utiles et celles qui relèvent davantage du gadget de démonstration en boutique.

Ce que l'IA embarquée sait vraiment bien faire aujourd'hui

Trois catégories de fonctionnalités IA ont fait leurs preuves et sont désormais utilisées quotidiennement par une part significative des utilisateurs. La première est la retouche photo intelligente : suppression d'objets ou de personnes indésirables dans une image (Gomme magique sur Pixel, Object Eraser sur Galaxy), recadrage intelligent, et amélioration automatique de l'exposition ou du piqué sur des photos prises en basse lumière. Sur un smartphone photo comme le Find X6 Pro, ces retouches assistées par IA permettent de sauver des clichés qui, il y a encore trois ou quatre ans, auraient été irrécupérables sans un logiciel de bureau dédié.

La deuxième catégorie concerne la traduction et la transcription en temps réel. Traduire une conversation orale, un menu de restaurant photographié à l'étranger, ou sous-titrer automatiquement un appel téléphonique en direct sont des fonctions désormais fiables et rapides, utiles concrètement en voyage ou dans un cadre professionnel international. La troisième catégorie, plus discrète mais tout aussi utile, concerne les résumés automatiques : résumé d'un long article web, d'un fil de notifications manqué, ou d'un enregistrement vocal d'une réunion, une fonctionnalité qui fait gagner un temps réel aux utilisateurs qui la découvrent.

Les fonctionnalités encore largement gadgets

À l'inverse, certaines fonctions mises en avant lors des présentations produits peinent à trouver un usage réel une fois la nouveauté passée. La génération d'images ou de fonds d'écran par IA directement depuis le téléphone, souvent démontrée en boutique, reste anecdotique dans l'usage quotidien réel : la plupart des utilisateurs testent la fonction une ou deux fois puis l'oublient complètement. De même, les assistants conversationnels génératifs intégrés au clavier ou aux applications de messagerie (suggestions de réponses longues, reformulation automatique de messages) sont utilisés de façon marginale par la grande majorité des utilisateurs, qui préfèrent encore rédiger leurs messages eux-mêmes pour des raisons de ton et de personnalisation.

Un autre point de vigilance concerne la confidentialité : une partie de ces traitements IA, notamment les plus avancés, ne s'exécutent pas directement sur le téléphone mais transitent par les serveurs du fabricant ou de Google, ce qui pose une vraie question de confidentialité des données pour les utilisateurs les plus attentifs à ce sujet. Il est recommandé de vérifier, dans les réglages de confidentialité de chaque appareil, quelles fonctions IA s'exécutent localement (donc sans envoi de données) et lesquelles nécessitent une connexion aux serveurs distants.

Faut-il un processeur spécifique pour profiter de l'IA embarquée ?

Techniquement, les fonctions IA les plus légères (correction orthographique avancée, retouches photo basiques) tournent aujourd'hui sur pratiquement tous les smartphones récents, y compris les modèles milieu de gamme comme le Galaxy A55. En revanche, les fonctions IA génératives les plus poussées (résumé long, génération d'image, traitement vidéo intelligent en temps réel) nécessitent une puce neuronale (NPU) suffisamment puissante, généralement réservée aux flagships les plus récents. C'est un argument commercial réel en faveur des modèles premium, mais il convient de le relativiser : pour l'immense majorité des usages quotidiens, la différence entre une IA « embarquée localement » et une IA « traitée dans le cloud en une seconde de plus » reste imperceptible pour l'utilisateur final.

L'IA change-t-elle vraiment la durée de vie utile d'un smartphone ?

Un argument moins souvent évoqué mais tout aussi important concerne la durée pendant laquelle ces fonctionnalités IA resteront mises à jour et pertinentes sur un appareil donné. Samsung s'est engagé sur plusieurs années de mises à jour Galaxy AI pour ses modèles phares, tandis que Google fait de même pour sa gamme Pixel avec les mises à jour Feature Drop trimestrielles. Cet engagement de suivi logiciel mérite d'être mis en balance avec le prix d'achat : un smartphone dont les fonctions IA seront abandonnées après seulement 18 mois perd une partie de l'argument qui a justifié son surcoût initial, un point à vérifier avant l'achat au même titre que la durée de suivi des mises à jour de sécurité classiques.

L'IA, un vrai progrès pour l'accessibilité

Un usage de l'IA embarquée reste trop peu mis en avant dans les campagnes marketing alors qu'il change concrètement la vie de nombreux utilisateurs : l'accessibilité. Le sous-titrage en direct de n'importe quel contenu audio ou vidéo, désormais disponible nativement sur la plupart des smartphones récents, est une avancée majeure pour les personnes malentendantes, qui peuvent suivre une conversation, un appel ou une vidéo sans dépendre d'un sous-titrage préexistant. De la même manière, la description automatique d'images par IA pour les utilisateurs malvoyants, couplée aux lecteurs d'écran, permet de comprendre le contenu d'une photo reçue par message sans assistance extérieure. Ces fonctions, souvent invisibles pour l'utilisateur valide moyen, représentent probablement l'apport le plus concret et le plus durable de l'intelligence artificielle sur smartphone, bien plus que la génération d'images ou les assistants conversationnels mis en avant lors des keynotes.

L'impact réel sur l'autonomie de la batterie

Autre question fréquente : ces fonctions IA consomment-elles beaucoup de batterie ? La réponse dépend largement du type de traitement. Les fonctions exécutées localement via la puce neuronale (NPU) restent globalement économes, avec un impact souvent inférieur à celui du GPS ou de l'écran allumé en continu. En revanche, les fonctions qui sollicitent en permanence une connexion aux serveurs distants (assistant conversationnel actif en arrière-plan, synchronisation continue) peuvent avoir un impact plus perceptible, en particulier en 4G plutôt qu'en Wi-Fi. Pour les utilisateurs soucieux de préserver leur autonomie de batterie, il est possible de désactiver sélectivement certaines fonctions IA gourmandes dans les réglages, sans perdre l'accès aux fonctions les plus utiles au quotidien.

Notre avis : un vrai plus, mais pas un critère d'achat prioritaire

En définitive, l'IA embarquée apporte un confort réel sur quelques fonctions bien précises — retouche photo, traduction, résumé de contenu — sans pour autant justifier à elle seule un surcoût important par rapport à un modèle équivalent sans ces fonctions. Pour la majorité des acheteurs, mieux vaut choisir un smartphone d'abord sur ses critères fondamentaux (écran, autonomie, appareil photo, suivi logiciel) et considérer l'IA embarquée comme un bonus agréable plutôt que comme un argument décisif. Les fonctions les plus utiles se retrouvent d'ailleurs de plus en plus souvent démocratisées vers le milieu de gamme au fil des mises à jour, rendant l'attente parfois plus rentable que l'achat immédiat du modèle le plus cher pour cette seule raison.