Test du Xperia 1 V : le smartphone-caméra de niche selon Sony

8.4/10

Test du Xperia 1 V : le smartphone-caméra de niche selon Sony

Sony occupe une position singulière sur le marché du smartphone : la marque japonaise vend des volumes modestes comparés à Samsung ou Xiaomi, mais elle continue de défendre un positionnement très identitaire avec sa gamme Xperia, pensée pour les amateurs de photo et de vidéo exigeants. Le Xperia 1 V, fer de lance de cette gamme, incarne parfaitement cette philosophie : un smartphone premium au format allongé 21:9, hérité directement du monde du cinéma, qui assume ne pas ressembler aux autres flagships du marché.

L'écran est immédiatement reconnaissable : une dalle OLED 4K de 6,5 pouces au format 21:9, rafraîchie à 120 Hz. Ce format très étiré, calqué sur les ratios cinéma, offre une expérience de visionnage particulière pour le contenu vidéo au format large, mais impose aussi des bandes noires sur la majorité des contenus streaming classiques au format 16:9. La définition 4K reste, sur le papier, davantage un argument marketing qu'un vrai bénéfice perceptible à l'œil nu sur un écran de cette taille, mais elle garantit une finesse d'affichage irréprochable pour la lecture de texte et les applications de productivité.

Sous le capot, le Snapdragon 8 Gen 2 associé à 12 Go de RAM place le Xperia 1 V dans le haut du panier en matière de puissance brute, au même niveau que des concurrents comme le Find X6 Pro d'OPPO. Les performances en jeu sont excellentes, et la gestion thermique, un point historiquement sensible chez Sony, s'est nettement améliorée sur cette génération grâce à une chambre à vapeur plus efficace. L'interface logicielle, proche d'Android stock, séduira les puristes qui n'apprécient pas les surcouches lourdement personnalisées de Samsung ou Xiaomi.

Le Find X6 Pro, autre référence photo haut de gamme

La partie photo est évidemment le cœur de l'argumentaire Sony. Le module principal profite d'un capteur d'un pouce et 48 Mpx, accompagné d'un téléobjectif variable capable de basculer entre plusieurs focales et d'un ultra grand-angle de 12 Mpx. Surtout, Sony met à disposition une véritable application Photo Pro, calquée sur l'interface de ses appareils Alpha, avec un contrôle manuel complet : vitesse d'obturation, ISO, mise au point, balance des blancs. C'est une expérience radicalement différente de la photographie computationnelle à la Google ou Apple, qui plaira aux photographes expérimentés mais pourra dérouter les utilisateurs cherchant un simple mode automatique intelligent.

Pour la vidéo, Sony va encore plus loin avec l'application Videography Pro et Cinematography Pro, qui apportent des réglages directement issus du monde professionnel du cinéma numérique : courbes de couleur LUT, contrôle du bokeh en temps réel, formats d'enregistrement avancés. Aucun autre fabricant ne propose un tel niveau de contrôle vidéo natif sur un smartphone grand public, ce qui fait du Xperia 1 V un choix quasi unique pour les créateurs de contenu vidéo exigeants.

L'autonomie, avec une batterie de 5000 mAh, se situe dans la moyenne haute de la catégorie, sans être exceptionnelle compte tenu de la définition 4K de l'écran qui sollicite davantage la batterie. La charge filaire plafonne à 30 W, ce qui est modeste comparé aux 67 W ou 100 W proposés par certains concurrents chinois comme le Find X6 Pro. Sony a fait le choix, assumé depuis plusieurs générations, de ne pas s'engager dans la course à la charge ultra-rapide, invoquant des raisons de préservation de la santé de la batterie sur le long terme.

Un détail appréciable et de plus en plus rare sur les flagships : le Xperia 1 V conserve une prise jack 3,5 mm, en plus du port USB-C. Pour les amateurs de musique et de vidéo qui utilisent des écouteurs filaires de qualité, sans passer par un adaptateur ou par le Bluetooth, ce choix technique — de plus en plus marginal dans l'industrie — constitue un vrai argument différenciant face à la quasi-totalité de la concurrence qui a abandonné ce connecteur depuis plusieurs années.

Avec un tarif de lancement autour de 1399 €, le Xperia 1 V se positionne clairement dans le segment ultra-premium, au niveau du Magic6 Pro ou au-dessus du Find X6 Pro. Ce prix élevé s'explique par le positionnement de niche de Sony, avec des volumes de vente bien plus faibles que ses concurrents, mais aussi par la richesse logicielle photo et vidéo embarquée, qui n'a pas d'équivalent direct ailleurs sur le marché.

Il est aussi intéressant de comparer le Xperia 1 V à son petit frère, le Xperia 5 V, vendu environ 400 € moins cher. Ce dernier reprend l'essentiel du savoir-faire photo et vidéo de Sony dans un format plus compact de 6,1 pouces, au ratio 21:9 également, mais avec un module photo légèrement réduit (perte du grand-angle 1 pouce au profit d'un capteur plus classique). Pour beaucoup d'utilisateurs séduits par la philosophie Sony sans vouloir payer le tarif maximal, le Xperia 5 V représente un compromis plus rationnel, en conservant l'essentiel de l'expérience logicielle Photo Pro et Videography Pro qui fait la spécificité de la marque.

Face à la concurrence Android haut de gamme généraliste, le positionnement du Xperia 1 V reste délicat à défendre sur le seul plan du rapport qualité-prix. Le Magic6 Pro de HONOR, à tarif comparable, propose une charge filaire à 80 W contre 30 W, une meilleure autonomie grâce à sa batterie de 5600 mAh, et un système de caméras périscopiques tout aussi convaincant en photographie automatique. Le choix du Xperia 1 V ne se justifie donc pas par une supériorité technique généraliste, mais bien par sa spécialisation : c'est un outil de création avant d'être un smartphone grand public optimisé pour tous les usages.

La durabilité et le suivi logiciel constituent un autre argument en faveur de Sony : la marque japonaise, connue pour la robustesse de ses produits électroniques grand public, propose une certification IP68 complète et un support logiciel garanti sur plusieurs années. Ce sérieux industriel, hérité de décennies d'expérience dans l'électronique professionnelle, rassure une clientèle qui recherche un appareil fiable sur la durée plutôt qu'un simple effet de mode saisonnier, même si le rythme des mises à jour reste, dans les faits, inférieur à celui d'un Pixel de Google ou d'un iPhone d'Apple.

Ce smartphone ne s'adresse clairement pas à tout le monde. C'est un choix de niche, assumé, pour un public précis : vidéastes et photographes semi-professionnels qui veulent un contrôle manuel total dans un format de poche, cinéphiles qui apprécient le format d'écran 21:9, et fidèles de la marque Sony qui recherchent une alternative crédible aux écosystèmes Apple et Samsung. Pour un usage grand public standard, d'autres smartphones offriront une meilleure autonomie, une charge plus rapide et une expérience photo automatique plus simple à prendre en main, pour un tarif souvent inférieur.

Voir la fiche complète →