Test du Pixel 10 : le zoom optique change enfin la donne sur le modèle de base
8.1/10
Le Pixel 10 corrige l'une des plus grosses frustrations de la gamme standard de Google : l'absence de vrai téléobjectif optique, jusque-là réservée aux versions Pro. Ce simple ajout, couplé à un changement de fondeur pour la puce maison, transforme un téléphone déjà solide en l'une des propositions les plus complètes de sa catégorie de prix, à condition d'accepter certains compromis qui n'ont pas bougé depuis plusieurs générations.
Le retour du zoom optique sur le modèle de base
Pendant plusieurs générations, choisir un Pixel « normal » plutôt qu'un Pixel Pro signifiait renoncer à tout zoom digne de ce nom au-delà du recadrage numérique. Le Pixel 10 referme ce chapitre avec un troisième capteur de 10,8 Mpx offrant un zoom optique 5x, une first pour la gamme non-Pro. Le résultat se voit immédiatement à l'usage : les photos de concert, d'animaux ou de sujets qu'on ne peut pas approcher gagnent une netteté qui manquait cruellement aux Pixel précédents, contraints de compenser par un recadrage numérique qui dégradait vite la qualité au-delà de 2x.
Le capteur principal 48 Mpx et l'ultra grand-angle 13 Mpx restent dans la continuité de ce que Google sait très bien faire depuis des années : une photo computationnelle qui privilégie le rendu naturel des peaux et des scènes de nuit, quitte à sacrifier un peu de piqué face aux traitements plus agressifs de la concurrence coréenne ou chinoise. C'est une question de goût autant que de performance pure.
Tensor G5 : la puce qui change enfin de fondeur
Les puces Tensor précédentes souffraient d'une réputation tenace de chauffe excessive et de throttling prématuré sous charge soutenue, un problème directement lié au procédé de gravure utilisé jusqu'ici. Avec la puce Tensor G5, gravée cette fois chez TSMC en 3 nm, Google corrige une bonne partie de ce défaut historique. Les sessions de jeu prolongées restent plus stables dans le temps, même si la puissance brute reste en retrait face aux meilleurs Snapdragon du marché sur le papier.
Dans les faits, ce genre d'écart ne se ressent presque jamais en usage courant : navigation, réseaux sociaux, photo et messagerie tournent sans le moindre accroc. C'est surtout sur les tâches d'intelligence artificielle embarquée, la spécialité maison de Google, que le Tensor G5 tire son épingle du jeu, avec des traitements de retouche photo ou de transcription vocale exécutés directement sur l'appareil, sans recours systématique au cloud.
Un écran solide, sans être le plus lumineux du marché
La dalle OLED de 6,3 pouces passe désormais à 3000 nits de luminosité de pointe, un net progrès en plein soleil par rapport aux générations précédentes. Le taux de rafraîchissement adaptatif entre 60 et 120 Hz fonctionne intelligemment, sans les à-coups parfois perceptibles sur certains concurrents lors du passage d'une fréquence à l'autre. Ce n'est pas la dalle la plus spectaculaire du marché sur le papier, mais elle fait le travail sans faux pas notable, ce qui est déjà beaucoup pour un usage quotidien.
Intelligence artificielle : l'argument central de la gamme
Google continue de faire de l'intelligence artificielle embarquée le principal argument de vente de ses Pixel, et le Pixel 10 ne fait pas exception. Les fonctions de retouche générative, de résumé automatique d'appels ou de suggestions contextuelles s'intègrent directement dans le système, sans nécessiter d'application tierce. Notre article consacré à la question de savoir si l'intelligence artificielle sur smartphone relève de la vraie utilité ou du marketing aide à prendre du recul sur ce type de promesse, régulièrement mise en avant par l'ensemble des constructeurs ces dernières années.
Dans la pratique, certaines fonctions se révèlent réellement utiles au quotidien, notamment tout ce qui touche à la retouche photo et à la traduction en temps réel des appels, tandis que d'autres restent plus anecdotiques, dépendantes d'un usage encore mal ancré chez la majorité des utilisateurs. C'est un domaine qui évolue vite, et le Pixel 10 devrait continuer d'en profiter via des mises à jour logicielles régulières plutôt qu'un simple effet d'annonce au lancement.
Autonomie et suivi logiciel
Avec une batterie de 4 970 mAh, le Pixel 10 tient sans difficulté une journée complète, y compris en usage soutenu avec l'appareil photo et le GPS actifs simultanément. La charge filaire à 29 W reste modeste face aux standards chinois, mais Google compense par un engagement de suivi logiciel parmi les plus généreux du marché Android, un argument de poids pour qui garde son téléphone plusieurs années plutôt que de changer à chaque cycle.
Face à la concurrence
Face à son prédécesseur testé dans notre avis du Pixel 8, le progrès est net sur la partie photo grâce au zoom optique, moins spectaculaire sur le reste. Pour ceux qui hésitent avec la concurrence, notre comparatif Pixel 8 vs iPhone 15 reste une bonne base pour comprendre les différences philosophiques entre les deux écosystèmes, même si la génération a changé depuis. Sur la partie technique pure du zoom, notre article sur comment lire une fiche technique photo permet de mieux comprendre ce que cette nouvelle capacité change réellement par rapport à un simple recadrage numérique.
Design, châssis et coloris
Le châssis ne change pas fondamentalement de philosophie par rapport aux générations précédentes : bords plats en aluminium, dos en verre mat qui résiste bien aux traces de doigts, et une barre de caméras à l'arrière qui reste la signature visuelle immédiatement reconnaissable de la gamme Pixel depuis plusieurs années. La certification IP68 est toujours au rendez-vous, un minimum désormais attendu à ce niveau de gamme et de prix.
Les quatre coloris proposés au lancement, dont un Indigo particulièrement réussi en main, jouent la carte de la discrétion plutôt que du flashy, une constante chez Google qui préfère miser sur des teintes mates et légèrement désaturées plutôt que sur des finitions brillantes plus tape-à-l'œil. C'est un choix qui vieillit généralement mieux dans le temps, au détriment d'un effet waouh immédiat en vitrine.
Notre avis
Le Pixel 10 comble enfin un manque criant de la gamme standard avec son téléobjectif optique, une avancée qui change concrètement l'expérience photo au quotidien pour qui aime varier les cadrages. La puce Tensor G5 corrige une bonne partie des soucis de chauffe des générations précédentes sans pour autant rivaliser avec les meilleurs Snapdragon en puissance brute. Reste un écran honnête sans être exceptionnel et une charge filaire toujours modeste, deux compromis qui n'empêchent pas le Pixel 10 de s'imposer comme l'un des Android les plus cohérents de sa catégorie, porté par un suivi logiciel et une intégration IA qui restent la vraie signature de la marque.